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Poutine compare les sanctions occidentales à une guerre, les civils pris au piège

LVIV/KIEV, Ukraine (Reuters) - Le président russe Vladimir Poutine a déclaré samedi que les sanctions occidentales s’apparentaient à une guerre, alors que ses troupes poursuivaient leur assaut contre l’Ukraine, où des évacuations de civils ont été suspendues.

Le président russe Vladimir Poutine a déclaré samedi que les sanctions occidentales s'apparentaient à une guerre, alors que ses troupes poursuivaient leur assaut contre l'Ukraine, où des évacuations de civils ont été suspendues. /Photo prise le 24 février 2022/REUTERS/Carlos Barria

La Russie et l’Ukraine s’accusent mutuellement de ne pas assurer les conditions nécessaires pour que les civils puissent fuir les combats dans deux villes bombardées, au dixième jour d’une guerre qui a alimenté la plus grande catastrophe humanitaire en Europe depuis des décennies.

Cette guerre, déclenché le 24 février dernier par l’invasion de l’Ukraine par la Russie, a provoqué l’exode de près de 1,5 million de réfugiés vers l’Union européenne, et déclenché des sanctions internationales sans précédent à l’encontre de Moscou, au risque de provoquer une récession mondiale.

Lors d’une visioconférence avec le Sénat américain, le président ukrainien Volodimir Zelenski a lancé un “appel désespéré” pour que des avions interviennent pour combattre les envahisseurs russes, a déclaré le chef de la majorité au Sénat américain Chuck Schumer.

Volodimir Zelenski ne cesse de réclamer à l’Occident la mise en place une zone d’exclusion aérienne au-dessus de l’Ukraine, mais les États-Unis et leurs alliés de l’Otan ont écarté cette possibilité, craignant une confrontation directe avec Moscou.

Un troisième cycle de négociations pour mettre fin au conflit est prévu lundi entre les délégations ukrainienne et russe.

Le ministère russe de la Défense a annoncé l’ouverture de couloirs humanitaires près des villes de Marioupol et de Volnovakha, encerclées par ses troupes.

Mais à Marioupol, la municipalité a déclaré que la Russie ne respectait pas le cessez-le-feu et a demandé aux habitants de retourner dans les abris et d’attendre de nouvelles informations sur l’évacuation.

Selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), les évacuations de civils dans ces deux villes ne devraient pas pouvoir intervenir samedi.

Le ministère russe de la défense a accusé les “nationalistes” ukrainiens d’empêcher les civils de partir, a rapporté l’agence de presse RIA.

Ce port du sud-est a subi de lourds bombardements en raison de son intérêt stratégique pour Moscou, lié à sa position charnière entre l’est de l’Ukraine tenu par les séparatistes soutenus par la Russie et la péninsule de Crimée sur la mer Noire, annexée par Moscou en 2014.

“Cette nuit, les bombardements étaient plus durs et plus rapprochés”, témoigne un membre de Médecins sans frontières(MSF), ajoutant qu’il n’y avait toujours pas d’électricité, d’eau, de chauffage ou de liaisons téléphoniques mobiles et que la nourriture se faisait rare.

Le gouvernement ukrainien avait déclaré initialement prévoir l’évacuation d’environ 200.000 personnes de Marioupol et 15.000 de Volnovakha. La Croix-Rouge est le garant du cessez-le-feu.

DÉSASTRE HUMANITAIRE

Le ministère russe de la Défense a déclaré qu’une vaste offensive se poursuivrait en Ukraine, où il nie avoir ciblé des civils ou envahi le pays, qualifiant ses actions d’”opération militaire spéciale”.

Les organisations humanitaires ont mis en garde contre une catastrophe humanitaire, alors que la nourriture, l’eau et les équipements médicaux viennent à manquer.

Le nombre de réfugiés pourrait atteindre le chiffre de 1,5 million d’ici la fin du week-end, contre 1,3 million actuellement, a déclaré samedi le chef de l’agence des Nations unies pour les réfugiés.

Les autorités ukrainiennes ont fait état de milliers de morts et de blessés parmi les civils.

Le président russe, Vladimir Poutine, a déclaré samedi que la Russie souhaitait que l’Ukraine soit “démilitarisée”, “dénazifiée” et que l’Ukraine ait un statut de neutralité.

“Ces sanctions qui sont imposées s’apparentent à une déclaration de guerre, mais Dieu merci, on n’en est pas encore arrivé là”, a-t-il déclaré.

Auparavant, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, avait accusé l’Occident d’agir comme un bandit et menacé de riposter, sans donner de détails.

PAS DE ZONE D’EXCLUSION AÉRIENNE

Selon le gouvernement ukrainien, les forces russes ont concentré leurs efforts sur l’encerclement de Kiev et de Kharkiv, la deuxième ville du pays, dans le but d’établir un pont terrestre vers la Crimée.

Kiev, qui se trouve sur la trajectoire d’une colonne blindée russe bloquée depuis plusieurs jours à l’extérieur de la capitale ukrainienne, a de nouveau subi des attaques, avec des explosions perceptibles depuis le centre-ville.

Selon le média ukrainien Suspilne, les autorités de Sumy, une ville située à environ 300 kilomètres à l’est de Kiev, ont mis en garde contre de potentiels combats dans les rues de la ville et ont exhorté les habitants à rester aux abris.

Le ministre ukrainien de la Défense, Oleksii Reznikov, a déclaré que 66.224 Ukrainiens étaient revenus de l’étranger pour se joindre aux combats contre les forces russes.

L’invasion de l’Ukraine par Vladimir Poutine a fait l’objet d’une condamnation très large de la communauté internationale. Les pays occidentaux ont imposé de lourdes sanctions à l’encontre de Moscou afin de tenter de circonscrire le conflit.

RÉSISTANCE FÉROCE

L’armée ukrainienne a déclaré samedi dans un communiqué que les forces armées “se battaient férocement pour libérer les villes ukrainiennes des occupants russes”, contre-attaquant dans certaines zones et perturbant les communications.

“Les unités des envahisseurs sont démoralisées, les soldats et les officiers de l’armée d’occupation continuent de se rendre, de fuir, laissant des armes et du matériel sur le sol ukrainien”, a indiqué le communiqué, ajoutant qu’au moins 39 avions et 40 hélicoptères russes avaient été détruits.

La Russie a déclaré avoir détruit 82 avions ukrainiens, 708 véhicules blindés, 74 lance-roquettes multiples et 56 drones.

Reuters n’a pas été en mesure de vérifier ces informations de manière indépendante.

Les forces russes ont réalisé une percée dans le sud, où elles ont pris pour la première fois cette semaine le contrôle d’une ville importante, Kherson. Les bombardements se sont intensifiés ces derniers jours dans les villes de Kharkiv et de Tchernihiv, au nord-est du pays.

Des rassemblements de soutien à l’Ukraine sont prévus pendant le week-end dans plusieurs capitales européennes, notamment à Paris samedi après-midi, place de la République.

Reportage Pavel Polityuk, Natalia Zinets, Aleksandar Vasovic en Ukraine, Olzhas Auyezov à Almaty, Matthias Williams à Medyka, Guy Faulconbridge et William Schomberg à London, John Irish à Paris, Francois Murphy à Vienne, David Ljunggren à Ottawa avec les autres bureaux de Reuters; rédigé par Kim Coghill et Philippa Fletcher, version française Jean-Michel Bélot

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